Critiques de films

Affiche du film Papicha
Affiche du film Papicha
Papicha
Un film de Mounia Meddour

César 2020 du Meilleur Premier Film, récompensé au Festival du film francophone d’Angoulême 2019 avec les prix du meilleur scénario, meilleur actrice et le prix du public, Papicha est un film coup de poing qui souffle le chaud et le froid en évoquant la jeune Algérie en proie à la violence du Front islamique du salut. Forte de son expérience de documentariste, la réalisatrice s’est plu à fusionner réalité et fiction en puisant dans son propre passé.

Elles s’appellent Kahina, Samira, Wassila et Nedjma. Elles ont 18 ans et habitent la cité universitaire d’Alger. Ce sont des étudiantes comme les autres sauf que nous sommes dans les années 90 et que s’installe un climat de violence. Tout particulièrement à l’encontre des femmes. Ces jeunes filles ambitieuses, éprises de liberté, sortent de la cité clandestinement le soir et changent de tenue, se maquillent dans le taxi qui les emmène pour aller danser en boite de nuit. C’est là que Nedjma, styliste douée, vend ses créations aux « papichas », les jolies jeunes filles d’Alger. Une insouciance règne et l’humour est au rendez-vous porté par cette langue algéroise si savoureuse qui mêle l’arabe et le français avec des expressions hilarantes sinon poétiques. Mais l’espace de liberté se resserre de jour en jour. Suite à l’assassinat de sa sœur, Nedjma n’aura plus qu’une obsession pour rompre avec la fatalité, organiser un défilé de mode au sein de la cité, sur une variation du Haïk. Les quatre personnages féminins sont des incarnations des choix de vie possibles, face à la montée de l’intégrisme et la cité U, un microcosme de la société algérienne. Kahina n’a qu’un rêve, partir au Canada, Wassila, toute éprise d’émancipation et de liberté soit-elle, va vivre une histoire d’amour impossible, Samira, musulmane pratiquante traditionnelle, va être la victime du poids des traditions. Entre suivre son petit ami en France ou rester à Alger, le choix de Nedjma est sans appel. Elle est viscéralement attachée à sa terre.

Mounia Meddour a été étudiante à Alger, logée en cité U, à une période où des patrouilles de femmes, vêtues d’un hidjab noir, semaient régulièrement le chaos et la terreur. Elle a traduit la montée de la violence qui s’est emparée de l’Algérie sur quelques années, en deux heures de film, et c’est glaçant. Le scénario a été écrit en 2014 et le film tourné avant la révolution algérienne avec laquelle il entre en résonance. Il fallait que le peuple algérien, et sa jeunesse, soient prêts à prendre en main leur destin. Si Bouteflika a été le président qui a permis la paix civile, en décidant l’Amnistie pour assurer un retour au calme politique et sécuritaire, aujourd’hui, le spectre islamiste semble s’être éloigné et c’est à une embellie économique que le peuple aspire. La fin du film est une déclaration d’amour de la réalisatrice à son pays, à sa capacité de résilience et à celle de se construire. La révolution, dans Papicha, ne se fait pas en jeans mais en Haïk, ce rectangle de tissu de six mètres de long, costume traditionnel féminin auquel une séquence clef est consacrée, évoquant l’histoire de la femme algérienne que d’aucuns penseraient à tort soumise dans ce drapé, notamment pendant la guerre pour l’Indépendance. Mounia Meddour a signé un film important, vingt ans après la « décennie noire », un film réalisé avec sensibilité et intelligence autour de jeunes interprètes dont le cinéma devrait s’emparer à l’avenir, notamment de Lyna Khoudri dans le rôle de Nedjma, magnifique passionaria avec son minois encore enfantin, César 2020 du Meilleur Espoir Féminin.

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