Critiques de films

Image du film Fortuna
Affiche du film
Fortuna
un film de Germinal Roaux

Primé deux fois à la Berlinale 2018 (Ours de Cristal et Grand Prix du Jury Internationale de la sous-section 14plus), Fortuna est un film aussi fort par son esthétique que par son sujet. Comment interroger le spectateur sur la question des migrants ? Par le biais de la fiction, en noir et blanc et image au format carré, Fortuna se démarque des infos télé ou web, en renouant avec le cinéma des origines et fait sens.

Il fallait un traitement esthétique radicalement différent des images qui passent en boucle sur les chaînes d’info continue pour raconter l’histoire de Fortuna, jeune Ethiopienne de 14 ans accueillie en Suisse, au cœur des Alpes. Et ces histoires que le réalisateur avait entendu raconter par sa femme qui s’est occupée de mineurs, dans un foyer d’accueil de réfugiés, ont été une source d’inspiration pour lui qui se sentait impuissant par rapport aux actualités quotidiennes sur le nombre de morts en Méditerranée. Voulant apporter une hauteur spirituelle à ce qui relève désormais du fait divers, de la fatale réalité de ces bateaux naufragés, avec notamment des enfants à bord, le noir et blanc s’est imposé avec une évidence. De fait, Germinal Roaux est photographe et depuis toujours s’est intéressé au travail sur la lumière et les ombres qui ouvre sur la question philosophique de la vérité et qui implique chez le spectateur une distance par rapport à la réalité. Pour lui, une image en noir et blanc n’est pas complète sans le regard du spectateur. Elle suscite la réflexion, à l’instar du silence. Quant au format 1, 33, il convenait à la verticalité, dans ce film où la spiritualité tient une place primordiale.

Avec un art de l’ellipse admirable – deux-trois plans seulement de l’océan déchaîné – et c’est une évocation de l’horreur d’être en pleine mer sur un frêle esquif, comme l’a été Fortuna pour venir en Europe. Elle a été recueillie avec d’autres réfugiés, dans l’hospice de Simplon où vit une communauté de frères qui ont fait vœu de silence, et qui se consacrent entièrement à la prière. La petite Fortuna est elle aussi tout amour pour la Vierge qu’elle prie et à laquelle elle avoue son secret. Elle est enceinte. C’est Kader le père. Mais c’est un adulte et elle n’est qu’une enfant. Sans porter de jugement, le film explore la détresse de la petite fille qui aime Kader. Sachant qu’il a la loi contre lui, Fortuna va tout faire pour l’innocenter, alors qu’il disparaît du jour au lendemain, la laissant seule avec l’espoir qu’il reviendra. Le discours de la raison en la personne d’un éducateur laïc (Patrick D’Assumçao – parfait) face au chanoine supérieur que Bruno Ganz incarne avec tout le talent qu’on lui connaît et l’échange contradictoire de ce chanoine avec les frères de la communauté « perturbés » par la présence des réfugiés, sont autant de dialogues qui interpellent et font de ce film une source de réflexions sur notre capacité à accueillir nos frères et sœurs de souffrance. Au-delà du religieux, c’est notre part d’humanité qui est questionnée. Reste Fortuna… petite fille volontaire et terriblement courageuse face à son destin. La fin ouverte du film laisse songeur.

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